Intégration des étrangers en France 2026 : priorités du gouvernement

01/05/2026 · Équipe Le Test Civique

Le 7 avril 2026, le Ministère de l’Intérieur a publié une instruction officielle fixant les grandes orientations de la politique d’intégration des étrangers primo-arrivants pour l’année 2026. Ce texte, signé par le ministre Laurent Nuñez et la ministre déléguée à la Citoyenneté Marie-Pierre Vedrenne, s’adresse directement aux préfets de région, aux préfets de département et au directeur général de l’OFII. Il s’inscrit dans la continuité de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration, dont les dispositions les plus importantes sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026.


De l’obligation de moyens à l’obligation de résultats

Le changement le plus structurant concerne la logique même du parcours d’intégration. Jusqu’en 2025, les étrangers signataires d’un contrat d’intégration républicaine (CIR) avaient une obligation de moyens : ils devaient suivre les formations linguistique et civique proposées par l’OFII, sans avoir à prouver qu’ils en maîtrisaient le contenu.

Depuis le 1er janvier 2026, la loi CIAI substitue à cette obligation de moyens une obligation de résultats. Pour obtenir une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, deux conditions sont désormais exigées :

  • attester la maîtrise de la langue française par une certification reconnue (niveau A2 pour la carte pluriannuelle, niveau B1 pour la carte de résident) ;
  • réussir l’examen civique, organisé depuis décembre 2025 par deux organismes agréés par le Ministère.

Ce passage d’une logique de participation à une logique de réussite représente un tournant majeur que les préfets sont chargés de mettre en œuvre concrètement dans chaque département.


La formation linguistique : une offre rénovée à consolider

L’OFII a profondément revu son offre de formation linguistique depuis le 1er juillet 2025. La majorité des signataires du CIR bénéficient désormais d’une formation en ligne et en mode asynchrone, avec davantage de liberté dans l’organisation de leur parcours. Seuls les publics les plus fragiles — peu ou non lecteurs, non scripteurs, soit environ 30 % des signataires — restent orientés vers un programme de 600 heures en présentiel.

En 2025, 102 871 CIR ont été signés, soit une baisse de 10 % par rapport à 2024. Le taux d’atteinte du niveau A1 en fin de formation est de 67,9 %, contre 67,4 % en 2024.

Pour 2026, l’instruction demande aux préfets de consolider les partenariats entre l’OFII, ses prestataires, les associations locales, les collectivités territoriales et le réseau pour l’emploi, afin de sécuriser les parcours de formation et de pratique du français dans chaque département. L’objectif prioritaire est que chaque étranger soumis aux nouvelles obligations puisse atteindre le niveau A2 requis pour son titre de séjour pluriannuel.


L’apprentissage des valeurs de la République

En parallèle de la formation linguistique, la circulaire insiste sur l’appropriation des principes et valeurs de la République. Tout étranger qui sollicite un document de séjour doit désormais signer un contrat d’engagement à respecter ces principes, conformément à l’article 46 de la loi CIAI.

La mallette pédagogique de la formation civique du CIR a été entièrement revue autour de cinq thématiques communes avec celles de l’examen civique :

  • les principes et valeurs de la République ;
  • le système institutionnel et politique ;
  • les droits et devoirs des personnes vivant en France ;
  • l’histoire, la géographie et la culture de la France ;
  • la vie dans la société française au quotidien.

Le Ministère a également créé un site officiel dédié à la formation civique — formation-civique.interieur.gouv.fr — qui rassemble 222 fiches thématiques et des informations pratiques sur l’examen civique. Les préfets sont invités à le faire connaître largement, afin de le distinguer des sites commerciaux payants.


L’intégration par le travail : une priorité absolue

L’instruction de 2026 place l’intégration par le travail au même niveau que l’apprentissage de la langue. Les données publiées par le Ministère sont éclairantes : en 2025, 59 % des étrangers primo-arrivants ne déclaraient pas d’activité professionnelle à la signature de leur CIR, et parmi eux 82 % souhaitaient travailler à court ou moyen terme. Seulement 43 % de ceux en recherche d’emploi étaient inscrits à France Travail.

Pour les signataires du CIR inscrits à France Travail, les résultats sont encourageants : le taux d’accès à l’emploi à six mois atteint 37,7 %, soit un taux supérieur à celui de la population générale (34,3 %). Mais des écarts importants subsistent, notamment pour les femmes étrangères dont le taux d’accès à l’emploi est de 26,9 %, contre 31,9 % pour les femmes de la population générale, soit un écart de cinq points.

Les axes prioritaires pour 2026 sont les suivants :

  • inscrire systématiquement à France Travail les signataires du CIR qui souhaitent travailler, dès la signature du contrat ;
  • porter une attention renforcée aux femmes étrangères, en levant les freins périphériques (garde d’enfants, mobilité, freins culturels) ;
  • orienter prioritairement les étrangers vers les métiers en tension dans les bassins d’emploi locaux ;
  • mobiliser les opérateurs de compétences (OPCO), les fédérations professionnelles et les chambres consulaires pour faciliter les recrutements.

Une expérimentation est également lancée en janvier 2026 pour favoriser l’accès des étrangers primo-arrivants aux centres de formation d’apprentis (CFA). Six CFA volontaires participent à ce dispositif dans cinq régions : Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Hauts-de-France.


Le programme AGIR : assurer la continuité sans rupture

Le programme AGIR — Accompagnement Global et Individualisé des Réfugiés — est désormais déployé dans l’ensemble des départements hexagonaux. Au 30 décembre 2025, il accompagnait près de 24 000 bénéficiaires de la protection internationale (BPI), pour un objectif national de 25 000.

Les résultats obtenus depuis le lancement en 2022 sont positifs : parmi les plus de 22 500 personnes sorties du programme, 43 % ont une situation pérenne sur le volet emploi et 65 % sur le volet logement après au moins six mois d’accompagnement.

En 2026, l’enjeu principal est la transition entre les deux accords-cadres du programme : le premier, lancé en 2022 pour quatre ans, arrive à échéance à compter de juillet 2026 et jusqu’à fin 2026 selon les départements. Un nouvel accord-cadre pour la période 2026-2030 a été notifié aux opérateurs le 2 mars 2026. La priorité absolue est d’assurer la continuité d’accompagnement des BPI sans aucune rupture de parcours.


Les contrats territoriaux d’accueil et d’intégration (CTAI)

Les CTAI sont des contrats signés entre l’État et les collectivités territoriales pour coordonner les actions d’intégration sur le terrain. En 2025, 103 CTAI ont été conclus dans 65 départements, pour un financement de l’État de 9,1 millions d’euros.

2026 est la dernière année de l’objectif triennal fixé par le gouvernement dans ce domaine. Chaque contrat doit obligatoirement inclure un axe de formation linguistique depuis 2025. La participation financière des collectivités est désormais obligatoire : elles doivent apporter un cofinancement direct.


L’accès aux droits : un chantier prioritaire

La circulaire insiste également sur l’accès aux droits sociaux des étrangers primo-arrivants, qui rencontrent des difficultés spécifiques liées à la langue, à la méconnaissance des dispositifs et à la dématérialisation des démarches administratives.

Parmi les priorités pour 2026 :

  • favoriser la reconnaissance des documents provisoires produits par l’administration numérique ANEF auprès de tous les opérateurs (banques, CAF, CPAM, organismes de téléphonie) ;
  • renforcer l’accès aux soins de santé mentale, notamment pour les BPI ayant subi des psychotraumatismes liés à leur parcours d’exil ;
  • amplifier les actions en faveur des femmes étrangères victimes de violences sexistes et sexuelles, dont l’accès aux dispositifs d’accompagnement reste insuffisant ;
  • lutter contre l’illectronisme, en soutenant les actions d’accompagnement numérique pour les étrangers qui peinent à accéder aux services dématérialisés.

La Semaine de l’intégration : du 5 au 9 octobre 2026

Le temps fort de la politique d’intégration en 2026 sera la 6e édition de la Semaine de l’intégration, prévue du 5 au 9 octobre 2026. Cet événement national vise à valoriser les parcours d’intégration réussis, à faire connaître les dispositifs existants aux bénéficiaires et à réfléchir aux grands enjeux émergents. Les préfets sont invités à organiser des événements locaux et à communiquer sur les résultats positifs obtenus dans leur territoire.


Source Cet article est basé sur l’instruction officielle du Ministère de l’Intérieur du 7 avril 2026 (NOR : INTV2607925J), publiée sur Légifrance.

📣 Partager cet article